Genèse du haïku



 

Impression d'auteur : Marcel Peltier (Belgique)

Je me souviens
c'était l'été -
un geai jasa

1. Un stimulus : la lecture d'un haïku de Yves Brillon dans lequel il est question d'un geai.
2. Un souvenir sélectionné : une promenade en forêt où j'ai entendu le cri du geai qui signalait notre présence ; cela m'est revenu parce que c'était lié à un plaisir.
3. Un souvenir auditif, pas visuel, c'est pourquoi j'ai tenté de reproduire le son entendu avec "un geai jasa"
4. Minimalisme volontaire car c'était tellement peu de chose et cela a pris une proportion énorme, car on était dans le calme total, isolé dans la forêt de Beloeil, hors des sentiers battus.
5. C'est un premier jet, pas la moindre envie de remanier quoi que ce soit ici, c'était une évidence.
6. Je n'ai pas précisé que c'était en forêt, cela me semblait inutile, et cela ouvrait le haïku à l'interprétation personnelle du lecteur potentiel.

dans une seconde
l'injection -
blouses vertes

1. Chez moi, il est toujours question d'un vécu
2. Ceci est la description d'un instant bref, éphémère, mais qui marque lorsqu'on est sur une table d'opération (ce fut le cas pour moi hier)
3. C'est, il y a quelques instants, que j'ai eu envie de transmettre ce vécu : que voit-on juste avant de sombrer, anesthésié ?
4. J'ai gardé "les blouses vertes" des opérateurs, car le vert était couleur dominante.
5. Et ce senryû n'est absolument pas construit, il est sorti tout seul de ma tête comme une évidence, sans me soucier d'une structure quelconque. Il est vrai que, petit à petit, je retrouve "la main". Donc il faut réactiver les connaissances et les techniques qu'il faut d'abord comprendre et assimiler (phase 1) et ensuite il faut être "éveillé", "prêt" (phase 2).
Le minimalisme s'impose ici, c'est tellement bref cet instant à t - 1 !
Le fait de laisser le lecteur un peu dans le vague fait partie de la technique. Le mot "vertes" précise l'endroit où l'on se trouve.

 
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