Les multiples formes de l'épouvantail
par Max Verhart

Je me suis récemment demandé ce qui pouvait encore être dit de l'essence du haiku, incidemment, une comparaison avec un sujet classique de haiku m'est venue à l'esprit : les épouvantails.

D'un pays à l'autre, même d'une région à l'autre, ils semblent différents : faits de bâtons, fils, paille ou autres matériaux, dressés dans un style surréaliste, caricatural ou réaliste, nus ou revêtus de garnitures qui peuvent être caractéristiques ou non de la région ou du pays. Mais quelque soit leur apparence, toujours et partout chacun est reconnaissable pour ce qu'il est : un épouvantail. L'essence d'un épouvantail ne dépend donc pas du matériau utilisé, mais de la manière dont celui-ci est utilisé. Mais quelle est l'essence de l'épouvantail ?

On peut peut-être dire : un épouvantail est une construction matérielle, donnant l'impression d'une figuration humaine avec comme fonction d'effrayer les oiseaux. Une telle construction peut être très ébauchée, nous savons que le cerveau interprète presque automatiquement les perceptions vagues ou incomplètes comme des images complètes. Un épouvantail peut donc avoir plusieurs formes, mais principalement, est surtout fait de suggestion.

Une chose similaire s'applique au haïku. L'important est de distinguer entre le matériau utilisé et la manière utilisée pour exprimer quelque chose qui manifeste l'essence du haïku. Mais quelle est l'essence du haïku ?

Plusieurs efforts ont été faits pour la décrire. Mais manifestement une définition définitive n'a jamais été trouvée ou ne peut être trouvée, alors que bien des tentatives sont faites pour faire exprimer cette essence par des mots. Celles-ci ont, par le passé, produit bien des textes confus et/ou exaltés et/ou vagues. Depuis lors, rien de définitif ne peut être dit à ce sujet, je pense que, lorsque l'on essaye d'exprimer quelque chose par des mots, il faut le faire de la manière la plus courte possible. Ma propre description ou indication actuelle peut donc se lire ainsi : un haïku est une maigre construction de mots, avec comme fonction d'exprimer l'expérience d'être.

Comme analogie avec l'épouvantail : un haïku peut avoir plusieurs formes, mais surtout, est fait de suggestion.

Fragment légèrement adapté de Haiku als weredpoëzie - De vele gedaante van de vogelverschrikker (Haiku as world poetry - the many shape of the scarecrow). published in Kortheidshalve (W.J. van der Molen, Orvelte, Netherlands), vol. IX, nr.2, (February 2000).