Le haïku : mode d'emploi

Le haïku obéit à des règles très strictes de composition (fond et forme).

En voici quelques unes inspirées d'un article de  Jane Reichhold : http://www.faximum.com/aha.d/haiku.htm   et de commentaires de Ryu Yotsuya.

Il faut choisir un maximum de règles en fonction des circonstances, mais la règle principale est de ne pas casser les images. 

Je marque d'une "# " les règles que je m'efforce de respecter.  Dans la pratique, chacun se fait son style qui est plus ou moins proche du haiku classique.

    Dix-sept syllabes en une ligne. (surtout le haiku japonais)

En japonais, on écrit presque toujours un haïku en une seule ligne. Seuls Shigenobu Takayanagi et son groupe ont essayé le haiku en plusieurs lignes. Quand les japonais écrivent artistiquement le haïku sur un shikishi (papier carré), ils le coupent en plusieurs lignes; mais uniquement pour l'apparence. Dans les traductions, les haïkus japonais sont habituellement imprimés en trois lignes, parce que cette manière aide à exprimer la nuance subtile de la césure, difficile à mettre en évidence en une ligne dans une langue autre que le japonais.

#  Dix-sept syllabes en trois lignes.(surtout le haiku en langue étrangère)

#  Dix-sept syllabes en trois lignes divisées en 5-7-5. L'anglais fait parfois
    3-5-3.

    Moins de dix-sept syllabes en trois lignes mais en forme court-long-court.

    Moins de dix-sept syllabes en trois lignes verticales mais en forme court-long-court. 

    Ecrire pour être lu en une seule respiration.

#  Utiliser un mot de saison (kigo) ou une référence saisonnière.  (un ancrage dans le monde) 

# Utiliser une césure à la fin de la première ou seconde ligne, mais pas aux deux.  Les trois lignes ne doivent pas être une même sentence. 

   Avoir deux images qui sont seulement mises en comparaison par une troisième. 

   Avoir deux images qui sont seulement reliées par une troisième. 

   Avoir deux images qui sont seulement mis en opposition par une troisième.
 

Classiquement, on trouve deux sortes de haiku, du temps de Bashô et de nos jours :

a) le haiku avec deux images (haiku de juxtaposition)
b) le haïku qui n'a qu'une image

#  Toujours écrire au présent, ici et maintenant. On peut écrire aussi au passé ou au futur, ce qui important c'est de présenter une image vivante. On y arrive mieux en écrivant au présent.

    Limiter au maximum l'usage des pronoms personnels

    Utiliser les pronoms personnels en minuscules.

#  Eliminer l'usage des participes présents (gérondifs).  Pour les langues étrangères, il n'y a pas de participe présent en japonais.

#  Limiter l'utilisation des articles. Pour les langues étrangères, il n'y a pas d'article en japonais.

#  Utiliser une syntaxe simple.

#  Utiliser des sentences fragmentaires.

    Etudier l'ordre de présentation des images. 
      D'abord le grand-angle, puis le moyen, terminer par le zoom.
      Réserver l'effet pour la fin.

    Rendre les premières lignes attractives et éveillant l'attention.

#  Seulement écrire sur des choses ordinaires de manière ordinaire dans une langue ordinaire. 

#  Respecter l'attitude du bouddhiste, observer les choses bien avant de les critiquer,  laisser le haïku exprimer des images sans besoin de commentaire. 

    Laisser un écho philosphique en arrière-plan du haïku. 

#  Utiliser généralement des images concrètes. C'est l'idée de Shiki. Mais Bashô et d'autres haikistes adoptent des expressions abstraites. 

#  Inventer des expressions lyriques décrivant l'image.

   Utiliser le paradoxe.

   Utiliser des jeux de mots.

#  Décrire l'impossible de manière ordinaire.

#  Ecrire des images transcendantes (ni guerre, ni sexe offensant, ni crime).

#  Intégrer son image dans le monde réel.

#  Eviter toute référence à soi-même.

#  Se référer à soi-même de manière externe.

#  Eviter la ponctuation pour créer l'ambiguïté

   Utiliser des ponctuations normales
      : Arrêt
      ; pause 
      ... quelque chose n'est pas dit
      , légère pause
      -- la même chose en d'autres mots
      . Arrêt

   Mettre en majuscule le premier mot de chaque ligne.

   Mettre en majuscule le premier mot.

   Utiliser la majuscule anglaise.

   Tous les mots en majuscules

#  Tous les mots en minuscules.

#  Eviter les rimes.

    Rimer la première et dernière ligne.

    Utiliser des rimes internes.

    Utiliser l'allitération.

#  Utiliser des sons reliés à l'image.

   Toujours terminer par un nom.

#  Ecrire seulement le haïku pour exprimer une épiphanie (aha moment).

#  Utiliser chaque inspiration comme point de départ.

#  Eviter trop de verbes, supprimer si possible.

#  Eviter les prépositions (dans, sur , entre,parmi), spécialement dans le début de la phrase.

#  Eliminer les adverbes.

#  Ne pas utiliser plus d'un qualificatif par nom. L'usage doit être limité au seul sens du haïku.

#  Le haiku doit être considéré comme une poésie et non une carte de voeux en vers.

#  Ecrire tous les haïku conçus, même les mauvais, qui peuvent en inspirer de meilleurs.