Bloc notes - Serge Tomé

Ecriture du haïku

Haïku forgé


solstice d'été :
le soleil tout au bout
de la marelle



Un haïku s'écrit "sur le motif". Donc, il n'invente pas les situations. Mais quelle est la sincérité d'un haïku 'projeté'. J'ai écrit celui-ci au travail, juste sur l'heure de midi, entre deux claviers et une assiette. Pourtant, l'image est sincère. On peut l'expliquer par les similitudes, les images mises en oeuvre, leur configuration. Il exprime une "image interne".

Pourtant, il n'a pas été vécu "physiquement". Donc, il tombe dans la catégorie des choses imaginées. "Se non e vero, e ben trovato". Si ce n'est pas vrai, c'est bien trouvé, disent les italiens. Je pense qu'il faut éviter cela car cela conduit à des haïku artificiels, voulant expressément exprimer une idée. On part donc de l'idée à exprimer et on écrit dessus en l'habillant. Le haïku est autre. On voit quelque chose qui exprime au niveau symbolique une idée et, comme notre insconscient l'a perçu, on le note. C'est le trajet inverse.

Le haïku "forgé" est un objet manufacturé. Il est une production volontaire. Or, une partie du plaisir d'écrire le haïku réside dans cette disposition à saisir les occasions qui passent, et non pas à les créer.

Signaler que le haïku est forgé est une question d'honnêteté, surtout envers soi-même. Il apparait généralement lorsque l'on est "à court" ou que l'on veut "dire quelque chose". S'il n'est pas "forcé" (= on en fait trop), il peut être beau et parfois bien fait.

" Le déclic à l'écriture du haïku est la concordance entre la scène vue et l'état d'esprit du spectateur. Le haïku ne se construit pas: il s'impose." dit Henri Chevignard. Et il exprime ainsi mieux cela moi.



2006-02-03 - Serge Tomé