Bloc notes - Serge Tomé

Les règles d'écriture...

Les règles....

Je ne voudrais pas être vu comme un imbécile borné qui ne connait de l'écriture du haiku que des règles plus ou moins contradictoires et qui s'y tient faute d'inspiration et d'intelligence artistique. Je ne suis pas non plus de ceux qui comptent les syllabes sur les doigts, ou qui, adeptes du Zen, rencontrent l'Illumination à tous les coins de rue.

Ecrire du haiku, qui est une forme assez difficile à appréhender, c'est comme faire de la gravure sur métal. Il y a autant d'opinions que de styles de gravure, que de nuances de traits. On peut comparer les règles à l'établi du graveur. Beaucoup d'outils (burins) permettant de jouer sur les caractéristiques du trait. Chaque artiste se choisit les burins qui vont inciser dans le métal, la vision qu'il a eue. Ce choix va dépendre du sujet, de la personne pour qui l'oeuvre est gravée, mais aussi de son humeur du moment. Il sait ce qu'il peut faire ou ne pas faire pour que le résultat soit accepté par le destinataire mais aussi le public. Il sait ce que la profession reconnaît comme défauts. Cela ne veut pas dire qu'il n'utilisera pas ce type de trait. Il le fera alors en pleine connaissance de cause, avec discernement, pour produire un effet recherché. Il s'en servira avec parcimonie, comme un écart qu'il se permet. Il pourra aussi laisser libre court à sa fantaisie, mais il saura que ce travail ne recueillera peut-être pas l'approbation de ses pairs. Ceux-ci diront alors, "il s'est bien amusé" mais le résultat sera néanmoins peut-être reconnu même s'il sort des conventions.

Avant de commencer dans son art, le graveur fera un apprentissage, recueillera l'enseignement de la profession, écoutera. Il choisira sa voie après avoir expérimenté tous les outils et bien compris leur usage dans son travail. Il aura alors son style personnel, reconnaissable à son jeu de burins, au souffle de ses traits, à ses écarts et expérimentations personnelles.



2006-06-01 - Serge Tomé