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Analysis of the Haiku structure

brouillard glacé
après l'accident le sang chaud
sur l'asphalte


Serge Tomé, Belgique
aut 2004-03-1

Commentaire.

Un haïku forgé, en voiture ce matin. Cela m'est venu ainsi sur l'autoroute couverte de brouillard. C'est venu de je ne sais où. Une image forte. Si le dispositif (ici les oppositions chaud-froid, gris-couleur, vie-mort, avant-après) sont classiques, l'habillement (sang) venait d'ailleurs.

Après-midi, j'ai compris. Je devais donner du sang mais je l'avais oublié ce matin. On le l'a rappelé à midi. Le sang, celui des blessures d'accident, celui que l'on perd ou que l'on donne, devait traîner dans mon esprit. Il était en attente (parce que c'était une chose que je devais faire), dans l'antichambre du conscient et a affleuré dans le haïku du matin, dans les "images" qui font le haïku. On touche un peu ce mécanisme lorsque l'on s'éveille à l'heure sans réveil. Quelque chose, un processus veille en nous et finit par se manifester.

J'ai toujours pensé que notre regard n'est pas innocent, libre de lui-même mais qu'il est "guidé" par tout une foule de choses de l'arrière-boutique de notre conscient. La chose importante ici est de les voir à l'oeuvre dans la genèse d'un haïku. Ce n'est donc pas notre regard conscient, constructeur, qui sert de base à la perception d'une situation haïku. C'est plutôt ces choses, en attente, qui s'expriment en choisissant ce qui passe par notre regard. Le regard "haïku" aurait peut-être aussi une origine liée à notre passé conscient et inconscient, à nos tensions internes non résolues, à nos processus en attente.

De là l'idée que le haïku est une poésie automatique que l'on doit laisser couler, s'exprimer seule et non s'efforcer d'écrire.

Keywords

blood road

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