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Analyse de la structure d'un haïku

spring frost --
the park cannon aimed
at the church

givre de printemps --
le canon du parc pointé
vers l'église


Tom Clausen, USA
liv 2004-09-20

Commentaire.

Un haïku immobile... riche de potentialités.

J'aime :

- Le sentiment global de froid et de silence. Le froid par l'utilisation de "givre", mais aussi par le bronze muet du canon, et la fraîcheur traditionnellement liée au parc. Le silence, à cause du matin de givre, mais aussi de l'église et du parc (un endroit habituellement calme dans une ville bruyante). Le silence est aussi sous-entendu dans l'image du canon, par l'image en creux du bruit.

- L'immobilité de la scène. Le givre donne une image immobile des choses. Le bronze du canon aussi. L'impression est sous-lignée par la disposition des objets. Le canon pointé vers l'église. Pas d'action. Trop tard pour l'action car le canon est trop vieux. Mais il reste le "souvenir" de la potentialité de l'action. L'esprit extrapole à partir de la disposition des choses et continue l'action. Rien ne se passe mais les choses sont en place.

- Les oppositions. Opposition entre deux objets, images d'archétypes majeurs. Le pouvoir des hommes et celui de Dieu. Rien ne se passe mais... Opposition. (Le givre est peut-être là aussi pour "endormir" les choses, comme dans le conte où tout le pays est "gelé" dans le sommeil.) Opposition entre le bruit, la fureur, la guerre "implicite dans le canon et le silence, le calme, la paix en principe implicite dans la notion d'église. Opposition aussi entre le transitoire et l'éternel. Le canon appartient au passé, il n'a fait que de passer dans l'histoire. L'église a une image implicite de durée, extratemporelle. C'est ici le temps traité sur deux facettes différentes.

- La structure. J'aime cette structure "elliptique" sans verbe conjugé. Elle crée un impression de légèreté, une peinture par touches. Sans verbe, il n'y a pas d'action apparente. Tout est dans les potentialités. Cela ajoute à l'impression d'immobilité de ce haïku.

- L'ouverture. La situation est claire, tout semble dit à la première lecture. Et cependant presque rien n'est dit, laissant la pleine liberté à l'imagination du lecteur.

- Le charme indéfinissable des vieilles choses. Sabi. Cette touche des maîtres.

- On pourrait aussi remarquer que le printemps est le temps de la renaissance des choses et que le canon, lui n'ira pas plus loin. Il n'aura plus de "vie". C'est un des objets "morts" du parc. Il n'y aura pas de printemps pour lui. Est-ce pour cette raison qu'il pointe vers l'église ? En signe de désaccord avec cette injustice ?

- Le contact physique du métal. Un haïku aussi très sensuel.

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